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Classe inversée au lycée Letournel de Saint-Pierre et Miquelon

jeudi 5 janvier 2017

Monsieur Lafitte, professeur de Mathématiques au Lycée Emile Letournel de Saint-Pierre et Miquelon, apporte un témoignage sur son expérience menée à Saint-Pierre, "j’ai fait cela dans mon coin de manière autodidacte".

Voici un aperçu de sa démarche sur les quatre ans :

Première année.

Proposition des vidéos permettant de traiter certains points de cours à la maison et de faire les exercices y afférents en classe.

  • Bilan : La nouveauté a produit ses effets mais avec le temps certains élèves ne prenaient plus la peine de regarder les séquences à la maison et la gestion en classe devenait délicate.
Deuxième année.

Chapitres complets en vidéo (6 chapitres sur 11 scindés en 3 ou 4 vidéos), les heures de cours étant alors exclusivement réservées aux exercices. "Les devoirs maisons ont alors étaient rangés au placard", tout le travail préparatoire aux évaluations se faisant en classe.

  • Bilan : bonne réaction d’une majorité des élèves. Difficulté pour gérer l’hétérogénéité et trouver un rythme de progression commun à la classe : même en donnant des séries d’exercices différenciées et des activités complémentaires aux plus investis, les plus fragiles étaient difficiles à accompagner. En écartant les cas de fainéantises avérés, j’ai pu constater que certains sont restés avec leur appréhension et ne sentaient peut-être pas tout à fait en sécurité à l’idée de découvrir des nouvelles notions par eux-mêmes.
Troisième année.

Année à rythme totalement différencié.
J’ai alors passé tous mes cours en vidéos et dit aux élèves que chacun pourraient avancer à son rythme et serait évalué à partir du moment où la notion en cours serait terminée et comprise. Fini la classe inversée puisque le temps en classe sert tout aussi bien à avancer sur une vidéo développant un point de cours que de réaliser les exercices correspondants. Idem pour le temps maison qui permet d’avancer ce qui a été entamé en classe (cours ou exercices).

  • Avantage à ce système : Engagement de tous les élèves, "tout le monde a été obligé de s’y mettre car sans réaliser les exercices par eux-mêmes, impossible pour un élève de passer à la notion suivante. Les plus fragiles ont alors eu l’opportunité de visionner les cours en classe et de se faire aider par un camarade ou moi-même si un passage ne leur semble pas clair"
  • Différenciation pour permettre à tous de travailler sur "l’essentiel", "personne n’a complètement baissé les bras, les plus fragiles ont été invités par moments à sauter certaines notions dont le niveau leur été quasi inaccessible et ont ainsi pu passer plus de temps sur l’ « essentiel » sans s’embourber avec des éléments techniques ou un niveau d’abstraction qui ne leur correspond pas".
  • Une vraie orientation. D’une manière générale, chacun a ainsi pu de lui-même mesurer son appétit et son aisance dans la matière ce qui les a bien aidé dans leur projet d’orientation. J’ai ainsi pu observer pour une première fois à une vraie orientation choisie et intégré par l’élève. Certains profils pour lesquels un projet ES s’est progressivement dessiné et dont le rythme de travail est demeuré plutôt lent ont également pu sauter quelques notions plus techniques ou abstraites pour consolider le travail sur les fonctions, les statistiques et les probabilités. Cela leur a permis de garder le « moral » , augmentant de manière substantielle le taux de succès en fin d’année en évitant des décrochages.Les futurs S de leur côté ont eu l’opportunité de pousser davantage l’étude de certains chapitres et ont même eu le droit à plusieurs prolongements en fin d’année (programmation, entame du programme de 1re S, questions ouvertes avec prise d’initiative … ). Certains parmi eux, plus justes, se sont contentés de valider le programme obligatoire mais dans l’ensemble tout le monde y à trouver son compte.
  • Collaboration et autonomie. J’ai également pu constater que des groupes d’élèves se sont naturellement progressivement formés, cela a d’ailleurs donné des associations qui ne se seraient jamais produites sinon. L’autonomie y a gagné, chacun comprenant qu’ils pouvaient trouver des réponses dans l’échange entre-eux avant de se tourner vers moi.
  • Évaluation. Les évaluations par chapitre se sont souvent déroulées en 3 phases. Les élèves étaient alors disposés dans le fond d’une classe pendant que les autres continuaient leur activités.
Quatrième année.

"Je continue à peaufiner ce système et les effets sont remarquables. Les résultats n’ont jamais été si bons, cela est peut-être dû à la cohorte (je n’ai pas assez de recul pour cela) mais ce que je vois actuellement m’encourage à continuer".

Un travail important pour l’enseignant.
"Je crains de devoir refilmer de nouveaux cours pour m’ajuster à la réforme du collège en cours".
Le travail en amont pour pouvoir lancer ce type de travail est relativement important. Entre la préparation d’une vidéo + tournage + montage + la préparation des documents élèves correspondants + les séries d’exercices et leurs corrigés, "j’y ai passé mes soirées et mes week-ends et je dois avouer que j’aurais aimé en profiter plus longtemps".

Le lycée Emile Letournel
L’établissement dispose de 3 structures (collège - lycée - lycée pro) et le lycée général ne possède pas de séries technologiques. Il ne propose l’expérience qu’en 2de où le programme le permet et l’hétérogénéité des élèves y trouve une réponse, "en 1S, j’ai abandonné l’idée de le proposer, les cours plus denses et techniques s’y prêtent moins. Les profils d’élèves le nécessitent moins également".